Vol5-Génération Sacrifiée: Centrafrique, les défis des jeunes entrepreneurs

Bien que les observateurs s’accordent à dire que le pays regorge d’immenses opportunités d’affaires, en Centrafrique, lancer son entreprise pour les plus jeunes est un parcours de combattant, des défis, des pesanteurs socioculturelles. Au-delà des  » légendes  » qui tombent, il y a bien ceux qui les surmontent et se font une carrière dans le business.

Pour réaliser ce reporting, Jeunes Observateurs a dû avoir des rencontres avec une dizaine de jeunes entrepreneurs en Centrafrique. Le but est de croiser les sources, d’analyser les choses au plus près, afin de proposer des solutions qu’il faut.

Jessica ZIGUELE, Jeune Entrepreneure Centrafricaine

Jessica Yiskha Ziguele est une jeune entrepreneure centrafricaine qui a accepté, entre autres, de partager avec nous son expérience.

Selon elle, lancer son entreprise se résume à trois étapes fondamentales :  » avoir son idée business, la développer en faisant l’étude de faisabilité, élaborer, trouver des ressources humaines et financières pour atteindre son but « .

Les principes développées par notre interlocutrice sont certes universels. Mais en Centrafrique, il y a un fossé énorme entre les pratiques et la théorie. En cause, les barrières socioculturelles, financières et environnementales qui ne plaident guère en faveur des jeunes entrepreneurs. Du coup, près de 70% des jeunes entrepreneurs en Centrafrique exercent dans l’informel. Ils font dans la menuiserie, les transports urbains, la vente à la sauvette etc.

Les causes ?

1-L’étude de marché est une épreuve très difficile pour les jeunes entrepreneurs en Centrafrique

Non pas que les gens manquent de volonté, mais plutôt, avoir accès aux informations fiables sur les conditions de création, de gestion et d’accompagnement des jeunes entreprises en Centrafrique est bien difficile. Sur Internet, la tâche ne se montre guère si facile, encore moins, au niveau du Guichet Unique de Formalités des Entreprises (GUFE) ou encore la Chambre de Commerce. Ce qui représente bien un manque à gagner pour l’État.

2-L’accompagnement de l’État ou l’accès aux crédits bancaires : un véritable souci pour les jeunes entrepreneurs

Directeur Gérant de la Maison de l’Entrepreneur à Bangui

Bien que les dirigeants centrafricains manifestent dans leur discours, le grand besoin de contribuer à la création des richesses nationales par la promotion de l’entrepreneuriat, notamment celui des jeunes, dix entreprises interviewées dans le cadre de notre rapport témoignent que l’accompagnement promis par l’État est loin d’être effectif. Les jeunes ne pouvant plus compter sur une administration aux abonnés absents, décident de passer à l’autofinancement. C’est bien la réalité quotidienne des jeunes entrepreneurs Centrafricains.

Par ailleurs, nous témoignent nos interlocuteurs, l’accès aux crédits bancaires est encore une toute autre difficulté. « Les banques ne financent pratiquement pas les projets d’entreprise lorsqu’ils sont dans leur phase d’essais », nous lance cet interlocuteur qui a bien voulu requérir l’anonymat.

Cependant, de Sofia Crédit en passant par la BGFI Bank ou encore les Caisses Mutuelles de Centrafrique (CMCA), les banques réitèrent qu’elles sont du côté des entrepreneurs, et qu’elles assurent le financement des projets innovants.

Affiche de la Maison des Ordinateurs en Centrafrique

Certaines sociétés de la place, à l’instar d’Orange Centrafrique, accordent bien souvent de petits coups de pouce aux jeunes entrepreneurs. C’est le cas du projet « Prix Orange de l’entrepreneur », qui est à sa 12e édition. L’objectif est de promouvoir des projets innovants, d’assurer leur visibilité ainsi que leurs financements.

L’accompagnement que devra apporter le gouvernement semble ne pas être adapté aux réalités socio-circonstancielles des entreprises. Pour exemple, les jeunes entreprises rencontrées, dans le cadre de notre reporting, ont fait remarquer que l’après COVID-19 a été « une période assez difficile ». « Non seulement, on n’a pas bénéficié de l’accompagnement de l’État comme ce fut le cas dans d’autres pays, mais le montant des impôts n’a surtout pas été révisé. Donc, suite à l’effondrement de l’activité économique, beaucoup de jeunes entreprises, ne pouvant plus faire face à leurs charges régaliennes, ont dû mettre la clé sous le paillasson », nous confie une source.

Solutions ? Recommandations ?

Media Plus 2.0, une plateforme de Jeunes Entrepreneurs Centrafricains

Il faut dire que les solutions existent, sauf qu’elles peinent à être mises en exécution. En Centrafrique, il existe le GUFE, la Chambre de Commerce, voire un département ministériel en charge de la promotion de l’entrepreneuriat, malgré l’el dorado des jeunes entreprises tarde à venir. Absence de vision ? Inadéquation avec les défis réels liés à l’entrepreneuriat des jeunes en Centrafrique ? Nos enquêteurs donnent quelques pistes en termes de recommandations.

D’abord, il faut dire que la plupart des jeunes Centrafricains sont des « entrepreneurs en herbe ». Ils font dans la menuiserie, la peinture ou la vente à la sauvette. Pour assurer la promotion de leur secteur :

  • Favoriser l’accès aux bonnes sources d’informations sur les conditions de création, gestion et accompagnement des entreprises.
  • Favoriser l’accès véritable aux crédits bancaires pour les porteurs de projets.
  • Trouver des mécanismes temporels d’accompagnement des jeunes entreprises en temps de crise.
  • Renouveler le contrat social entre les entreprises et les services d’impôts

Un autre reporting exclusif de Jeunes Observateurs sur la question, abordera les autres barrières au niveau national, régional voire international.