Vol3-Génération Sacrifiée : Centrafrique, les Jeunes et la Politique

 » La conquête du pouvoir « , ce livre de Christian Gazam Betty, ex communicant de l’opposant Centrafricain, Anicet Georges Dologuélé, continue de marquer les esprits, tant il s’était fait suivre d’une démission avec fracas. Révélations inédites. Anecdotes. Antichambres de l’opposition démocratique en Centrafrique. Il a révélé au grand public le rôle que les jeunes peuvent jouer en politique. Mais il y en a nombreux qui s’engagent en politique en Centrafrique. Quand on y pense, des noms et des visages défilent : Christian Guenebem (héritier politique de François Bozizé), Dany Koualet Yaboro de l’URCA, Kenny Yamba du MLPC, Rolland Sylvestre Dawa du PATRIE, Gildas de Carême Benam et Fari Taheruka Shabazz, tous des poulains de l’ex Président de l’Assemblée nationale, Abdou Karim Meckassoua. Cette série de notre enquête parle du rôle, mais surtout des défis qui se posent aux jeunes, en politique.

RCA : La jeunesse et la politique, une longue histoire d’amour

Alors que les Territoires de l’Afrique Équatoriale Française (AEF) venaient d’accéder à l’indépendance, l’ex Oubangui-Chari, devenue République centrafricaine, fait partie des rares pays qui avaient donné une place de choix, si tôt aux jeunes.

En plus de la nomination des plus jeunes (moins de 30 ans) dans le gouvernement, l’ex Oubangui-Chari connaîtra si vite son plus jeune Président. Il s’agit de David Dacko, devenu Président, alors qu’il n’avait que 29 ans.

Cette place de choix faite à la jeunesse dans la marche de ce jeune État qu’était la nouvelle République centrafricaine, s’expliquerait aussi bien par la précocité de l’accession à l’indépendance mais aussi par la dextérité dont faisaient montre les jeunes de cette époque.

Plus de 60 ans après, ces exploits ne sont que des lointains souvenirs. Dans les partis politiques ou au sein du gouvernement, très peu de jeunes occupent des fonctions clés. Et beaucoup s’interrogent au sujet de cette régression. Parmi les rares qui émergent, l’espoir laisse bien souvent place au désenchantement. Du coup, il y a plus de « génération ex » que de jeunes politiques convaincus.

Pourquoi ?

1-La RCA fait partie des rares pays qui n’ont pas d’écoles de politique. A l’Université de Bangui (la seule pour tout le pays), le département des Sciences Politiques n’est plus actif. Nombre de ceux qui s’engagent en politique sont des autodidactes. Les partis politiques, non plus, n’ont des écoles de formation. Cette situation expliquerait d’une certaine façon l’inculture politique qui gangrène le milieu.

2-Absence de vision

La politique est considérée par beaucoup de jeunes comme un fond de commerce, plutôt qu’un sacerdoce. Tant beaucoup de partis politiques ne font preuve d’aucune vision, que les jeunes eux-mêmes, n’arrivent pas à voir clair dans cette épaisse nuée.

3-Manque de convictions

Là où il n’y a pas de vision, il ne peut y avoir de conviction. A part quelques rares loyaux à leurs convictions de départ, la plupart des jeunes jadis engagés, sont aujourd’hui de la « génération ex ».

4-Il n’y a pas de débat politique réel entre les jeunes

Les cafés politiques n’existent pas en Centrafrique. La culture du débat semble ne pas être la tasse de thé de ceux qui s’engagent. Cette situation pousse bien à l’extrémisme politique et aux invectives, qui enlaidissent l’engagement public en Centrafrique.

5-La baisse de niveau est une aussi une cause…

Tous les facteurs dénotent aujourd’hui que la Centrafrique a fait une régression de 30 ans, du point de vue de l’éducation. Or, sans base intellectuelle, aucune lutte politique n’est possible.

6-Les raccourcis politiques et l’enrichissement illicite

Beaucoup de jeunes qui pouvaient briller en politique, sont aujourd’hui tombés à cause des raccourcis que proposent les « vieux loups ». L’enrichissement illicite a, quant à lui, conduit à l’emprisonnement de quelques uns.

Conséquences ?

L’arène politique centrafricaine s’enlaidit de plus en plus. Et les observateurs s’inquiètent de l’avenir de cette Nation qui a besoin de capital humain pour se relever. Les conséquences de l’inculture politique sont entre autres : la gabegie, les trahisons politiques, la fragilisation de la dynamique de lutte, l’affairisme politique et la corruption. Nombre de partis politiques sont surtout appelés à disparaitre à cause de la relève qui ne semble pas être assurée.

Solutions ? Recommandations ?

1-Investir dans le capital humain centrafricain : Travailler à relever le système éducatif en faillite.

2-Refaire le casting politique : les compétences ne manquent pas pour occuper des fonctions clés aussi bien dans le gouvernement que dans les partis politiques. Il faut aller à la quête des compétences.

3-Créer des Instituts de Sciences Politiques (formation académique) : La base de tout engagement c’est d’abord la formation, et la RCA ne pourrait s’en passer.

4-Promouvoir le vrai débat politique : cela doit se faire à plusieurs niveaux : dans les médias, à l’école, dans les espaces culturels et aussi au sein des partis politiques.

5-Les partis doivent avoir leur école de formation politique ou tenir régulièrement des think thank afin de promouvoir le débat démocratique.

6-Promouvoir l’éthique et les valeurs dans l’accession aux fonctions politiques.